Virginie LABEAUME


AutreRevenu.e dans une autre collectivitéPlus de cinq ansMadagascar

« Nous sommes la génération pivot de la coopération décentralisée » entre l’aide au développement modèle ONG et une action plus « mutuellement avantageuse » aujourd’hui ».
Virginie LABEAUME a 45 ans. Elle est aujourd’hui contractuelle au Conseil régional de Normandie en charge de diverses coopérations internationales. Après une formation en coopération et développement, elle rejoint une ONG (GRET) avant d’opérer sous différents statuts comme coordinatrice, à Madagascar, pour la Région Rhône Alpes. Son parcours professionnel est une illustration de l’évolution de la coopération décentralisée. Elle témoigne aussi des difficultés du retour.

Son parcours

Virginie LABEAUME a suivi un master en coopération internationale et développement à l’IEDES, à Paris. En 2008 pour son mémoire, elle travaille sur les projets de micro-crédits à Madagascar sous la direction de Philippe Lavigne Delville. Cette expérience lui permet d’être recrutée comme « coordinatrice de la coopération décentralisée entre la Région Rhône Alpes et Atsinanana » à Madagascar.

Elle débute sous statut de salariée sous portage de l’ONG TransMad. Puis elle crée un cabinet d’études pour pouvoir répondre à un marché public. Elle aura ainsi deux contrats de trois ans pour gérer, appuyer, animer la coopération. « Ma situation était fragile mais très intéressante car la collectivité se déchargeait sur moi pour le plan d’action, le pilotage, la méthodologie ». La période de chaque appel d’offres pour renouveler les contrats étaient des périodes d’incertitude forte.

En 2016, elle change de coopération décentralisée et devient responsable du Bureau de représentation de la Région Basse Normandie à Madagascar. Elle retrouve un statut de salariée d’une ONG qui a obtenu le contrat de gestion. Mais en 2018-2019, les conditions sanitaires se dégradent fortement (épidémie de peste à Madagascar)

Elle est d’abord évacuée et travaille depuis Caen, dans les locaux de la Région. Par suite du départ d’une collègue, elle est finalement recrutée à la Région Normandie comme « chargée de mission Relations Internationales ». Après 10 ans à Madagascar, « je m’expatrie en Normandie ».

Le retour et les apports à sa collectivité

Les difficultés rencontrées ont été en fait à l’arrivée en Normandie en 2019.

En effet, Virginie doit réapprendre un nouvel environnement institutionnel, avec une hiérarchie interne très présente et de nombreux contrôles. « A Madagascar, j’avais une véritable autonomie et des responsabilités ». Elle est alors fortement accompagnée et stimulée par Sabine Guichet, sa chef de service. « Elle a facilité mon intégration comme une vraie coach ».

Son nouveau positionnement l’amène à prendre plus de distance, du recul sur les projets et à assumer les décisions. Elle retenait parfois certaines remarques mais sa collectivité l’incite à rapporter plus d’informations sans remettre en cause la coopération. Son expérience à Madagascar est aussi précieuse. Elle a pu, par sa maitrise de l’ingénierie des cofinancements, monter des projets financés par l’AFD qui maintiennent la visibilité de la Région Normandie.

Quand elle intègre le service régional de relations internationales, Virginie LABEAUME interpelle constamment ses collègues sur les questions administratives ou sur les manières de travailler de communiquer. « J’ai pu me confier sur mes questionnements et les collègues m’ont accompagné, du fonctionnement du parapheur aux règles hiérarchiques ».

De son côté, elle incite chacun à plus de liens « Ne fais pas un mél, utilise WhatsApp ». Elle essaye d’amener une communication plus relationnelle. Mais « à Mada, j’étais formaté sur des réunions de 2h à 3h car on était constamment dans la réflexion, la création ». Elle essaye de garder différentes réunions mais elle s’essouffle parfois. « En France, le rouleau compresseur administratif est trop puissant. »

Son expérience internationale intéresse peu dans sa collectivité en dehors de son service. « Il y a peu de curiosité. ».

Et les enjeux personnels au retour ?

Sur le plan personnel, en 2019, Virginie LABEAUME revient avec ses deux enfants (7 et 12 ans) qui n’ont connu que la vie à Madagascar. « Finalement ils s’adaptent très bien est c’est plus moi qui suis un peu perdue ».

En termes de rémunération, son ancienneté et son expérience n’ont pas été reprises par la Direction des Ressources humaines lorsqu’elle a signé son contrat avec la Région et elle commença comme « attachée premier échelon ». « Se retrouver considérée comme débutante à 40 ans a été un peu dur à accepter ». Avec ce retour, elle perd en salaire et qualité de vie. Virginie LABEAUME reconnait : « cela m’a pris un an pour retrouver un équilibre ».

En 2019, elle s’installe chez sa mère. « C’était indispensable. Sans elle, cela aurait été trop compliqué. On a besoin de soutien, rien qu’avec les enfants pour les sorties d’école, etc. ». Petit à petit elle renoue des liens Cela lui a pris du temps de retisser un cercle amical. Cela commence par les collègues puis les autres parents autour de l’école. « Mais j’ai le contact facile, l’expatriation apprend cela : j’entre en contact sans difficulté ».

Elle a aussi dû se réadapter en tant que « consommatrice ». Avant lorsqu’elle rentrait en France une fois par an, elle faisait des achats pour l’année sur des produits qu’elle ne trouvait pas à Madagascar. Une fois repatriée, « j’avais un comportement de consommatrice compulsive ».

Dernier point rapporté, Virginie LABEAUME apprend la possession de son « chez soi ». Elle exprime un besoin de retrouver son espace personnel après avoir vécu avec du personnel de maison en permanence présent.

Son conseil

Selon elle, « nous sommes la génération pivot de la coopération décentralisée » entre l’aide au développement modèle ONG et une action plus « mutuellement avantageuse » aujourd’hui ».

Virginie LABEAUME nous confie : « après 10 ans à Madagascar, j’étais à un moment de ma vie où soit je rentrais soit je restais ad vitam ». Son expérience nous interpelle sur les défis de la réadaptation après une longue expatriation.

Entretien réalisé par Yannick Lechevallier

https://www.linkedin.com/in/yannick-lechevallier-23059819/

Aout 2024


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