Stéphanie OUDIN


MauriceRéseau France (MEAE, Alliance française, Expertise France, …)En poste au moment de la rédactionDétachementDe un an à moins de deux ans

Stéphanie OUDIN a 50 ans. Elle intègre la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur en 2005 où elle occupe différents postes relatifs aux enjeux d’éducation à l’environnement, de gestion des espaces naturels, préservation de la biodiversité terrestre et marine et d’adaptation des littoraux au changement climatique. Ce dernier poste l’amène à développer une pratique de la coopération internationale à travers notamment la gestion d’un projet européen. En 2023 elle est détachée à Expertise France pour prendre le poste de coordinatrice régionale « Océan Indien » du programme AdaptAction porté par l’AFD dans 15 pays d’Afrique. Basée à Maurice, il lui revient d’accompagner 3 pays (Madagascar, Comores et Maurice) dans leur trajectoire de résilience face au changement climatique. Loin de l’image d’Epinal des plages de sable blanc et des cocotiers, cette mission est un vrai défi et un apprentissage quotidien dans de nouveaux rapports professionnels.
Entretien réalisé en avril 2024

Son parcours

Stéphanie OUDIN est diplômée de l’Université Pierre et Marie Curie de Paris. Elle a obtenu un Master 2 en Gestion des espaces et des milieux en 1997. Elle rejoint alors pour son premier poste le Département du Var en tant qu’emploi-jeune où elle coordonne un projet de Ferme pédagogique « Ecoferme de la Barre » à Toulon. Le Département lui propose de la titulariser mais elle veut voir ailleurs. Elle s’inscrit à l’IEDES en M2 Pratiques sociales du développement à la rentrée de septembre 2002 et elle part au printemps 2003 à Split en Croatie pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Durant un an elle participe à la conception d’un outil de formation à distance (E-learning) sur la «Gestion Intégrée des Zones Côtières» en Méditerranée (en anglais et en français) et conduit d’une étude sociologique sur l’île de Hvar (Croatie) auprès des différentes parties prenantes dans le cadre de la mise en œuvre d’une éco-taxe touristique. Cela lui permet d’acquérir un niveau d’anglais professionnel.

Quand elle rentre en France fin 2004, elle envisage de devenir consultante « pour renforcer l’approche sociologique dans la mise en œuvre de politiques de développement soutenable». Mais le statut d’auto-entrepreneur n’existe pas, c’est un peu plus difficile de se lancer. Elle est suivie par l’APEC qui lui conseille de s’orienter « vers des postes à responsabilité dans la fonction publique ». Elle postule à différentes offres et est repérée par le Conseil régional qui lui propose un poste sur l’éducation à l’environnement.

En 2005, Stéphanie OUDIN obtient donc un CDD à la Région, pour un remplacement de congé maternité. Elle découvre un environnement passionnant. « Il y avait une super énergie au sein du Conseil régional. J’ai pensé alors que je pouvais m’épanouir dans cet environnement ». Elle passe le concours d’ingénieur territorial, réussit et est titularisée début 2006.

Stéphanie OUDIN va rester 18 ans au Conseil régional Provence Alpes Côte d’Azur et y développer les dernières années une activité à l’international.

En 2018, elle décroche le poste de cheffe de projet « gestion des territoires côtiers et coopération euro-méditerranéenne ». Rattachée au sein de la Direction de la Biodiversité et de la Mer, le poste est particulier car il partage partiellement des missions en lien avec la Direction des Relations internationales et de la Coopération Euro-Méditerranéenne. Il s’agit pour la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur d’être présente au sein de la CRPM (Conférence des Régions Périphériques Maritimes) sur les enjeux de gestion des territoires côtiers et de protection du milieu marin en particulier. « En 2018, les enjeux de coopération me prennent environ 10% de mon temps, c’est 50 % en 2022 ».

Au cours de cette période Stéphanie OUDIN va participer au montage d’un projet avec cinq pays méditerranéens (France – Chypre – Croatie – Grèce – Espagne ) en plus de sa charge de travail prévue dans sa fiche de poste. Elle est soutenue dans sa démarche par sa direction « mais dans ce genre de cas il faut s’attendre à travailler sur le montage du projet aussi sur ses week-ends et jours fériés». Il est prévu d’embaucher un agent complémentaire à 50% lorsque le projet aura démarré, mais finalement les réductions budgétaires en décideront autrement. Dès lors il a fallu articuler la conduite du projet pendant 2 ans et demi en parallèle des autres missions habituelles. Mais « au bout d’un an, j’ai réussi à avoir une assistante pour travailler à 50% avec moi et un agent avec un temps dédié à la redevabilité financière du projet. Il faut être pugnace et être débrouillarde pour réussir à fédérer autour de soi ».

Elle utilise la prise de hauteur que permet l’action à l’international pour convaincre les élus locaux à s’emparer des enjeux mis en lumière dans le projet et réussie in fine à monter un dispositif structurel au sein de la Direction Mer et Littoral. « Mais cela a nécessité de la persévérance, de la force de conviction et de la capacité à fédérer d’autres collègues autour du projet et au-delà».

« Quand je m’ennuie, je change ».

En 2022, Stéphanie OUDIN s’interroge sur ce que va devenir son quotidien après sa participation au programme Interreg Med. « Quelle va être la place de mon expertise au quotidien ? ». Par ces échanges internationaux, elle a vu beaucoup d’autres choses sur le champ des possibles. Elle souhaite aller voir ailleurs pour exprimer son potentiel et se met à chercher. Elle s’inscrit à différents fichiers (Nations Unies, Banque Mondiale…), apprend ce nouvel espace de l’expertise. « Je suis partie de zéro et me suis débrouillée entièrement seule ».

Finalement elle identifie un poste chez Expertise France. Elle postule et est recrutée après une sélection précise (« 3 entretiens dont un document de 90 pages à résumer en 30 min »).

En 2023, elle s’envole pour l’Ile Maurice où elle s’occupe de la mise en œuvre de la phase 2 du programme AdaptAction dans 3 pays . En rejoignant l’AFD pour appuyer la mise en œuvre de ce programme qui existe depuis 2017, Stéphanie OUDIN fait le choix d’accompagner les pays les plus vulnérables dans leur trajectoire de résilience face au changement climatique.

Les différents postes qu’elle a occupés jusqu’ici lui ont permis de mobiliser ses compétences pour définir des dispositifs cadres d’intervention publique, construire des partenariats institutionnels, financer et accompagner des porteurs de projets, concevoir et gérer en propre des projets de préservation des écosystèmes et de développement de la biodiversité, développer et coordonner des projets de coopération internationale et animer des réseaux d’acteurs.

Le fonctionnement sur place

Stéphanie OUDIN est donc retenue par Expertise France en novembre 2022. Comme c’est à Expertise France de faire la demande de détachement (cf. ci-après), ils se mettent d’accord pour proposer un départ au 1er avril (cela prend en compte les trois mois de préavis avec un délai de sécurité). Tout s’est bien déroulé avec les Ressources humaines de la Région. Elle peut même prendre ses congés dès fin-février pour les consommer avant son départ.

Lorsqu’elle annonce son départ, dès novembre, sa direction la soutient : « Vas-y ». Elle en parle aussi à quelques personnes qui ne comprennent pas comment elle a pu avoir ce poste « Oh la chance, comment tu as trouvé ? ». Ce type de mobilité n’est pas dans la culture territoriale, l’accès libre à ces possibilités n’est pas connu.

Si le contrat débute le 1er avril, « finalement j’arrive à Maurice le 24 mai 2023 ». En effet, un souci sur son visa l’oblige à commencer sa mission « en télétravail » après deux semaines d’accompagnement à la prise de poste et un séminaire annuel de formation à Paris proposées par l’AFD à l’ensemble des coordinateurs régionaux du programme.

L’arrivée sur place s’avère plus compliquée que prévue sur le plan logistique et en raison du choc de cultures professionnelles différentes entre l’aide au développement et fonction publique territoriale « on ne parle pas toujours le même langage ». Venant pour un programme (et non un poste) et issue de la territoriale et non du sérail, il lui faut faire ses preuves avant de trouver sa place dans l’agence.

Elle est venue sur ce poste pour le contenu professionnel . « Maurice, les plages, le soleil… je viens du Var donc ce n’est pas pour cela que je suis venue ! Je suis venue pour l’intérêt du poste ». Elle découvre un pays plus inégalitaire qu’il ne laisse paraître avec une dynamique de destruction très rapide des espaces naturels et de l’environnement. Le dialogue avec le gouvernement n’est pas toujours simple à engager car les approches et les modalités de travail sont très différentes. Il lui faut se faire accepter, d’autant plus que son sujet d’intervention (mise en œuvre de solutions fondées sur la nature pour s’adapter au changement climatique ) ne fait pas l’unanimité et n’est pas encore intégré dans les modalités de développement prioritaires du pays.

Son expérience de fonctionnaire territoriale est alors fort utile. Vis-à-vis des agents des ministères, elle joue de la similitude de statut : « je suis fonctionnaire comme vous ». Et vis-à-vis du dialogue avec le Ministre, elle se positionne à son service comme elle a l’habitude avec les élus régionaux : « je connais vos préoccupations locales ».

Malgré cela, le démarrage est compliqué. « Le changement de posture est très violent » car « on vous fait bien comprendre que même si vous financez des projets et des études vous n’êtes pas celle qui a la main. C’est un vrai apprentissage dans la posture de travail et l’appréhension du temps nécessaire à l’appropriation d’un programme et des capacités de mise en œuvre par les parties prenantes. ». L’enjeu de la langue est aussi important, car bien que Maurice soit francophone, les échanges par mails et les réunions avec les partenaires sont souvent en anglais.

Par ailleurs, elle doit s’adapter à un nouveau rythme. « Il est extrêmement compliqué de planifier et anticiper dans le temps pour organiser des réunions, des évènements,». Finalement, son âge lui permet de mobiliser une certaine « seniorité » : « on lâche prise et on fait confiance. J’ai 50 ans et assez de recul pour rebondir et développer une certaine pratique de l’improvisation ».

 

Les enjeux personnels

Une fois sa candidature retenue, Stéphanie OUDIN signe donc avec Expertise France dans le cadre d’une procédure de détachement. Puis Expertise France la met à disposition de l’AFD. « J’ai signé pour un an renouvelable». Dans le cadre de ce détachement, son avancement de carrière se poursuit. C’est elle qui cotise à sa caisse de retraite et elle a pris un contrat auprès de la mutuelle des français de l’étranger pour la couverture Santé.

Depuis son départ, elle n’a aucun contact d’ordre professionnel (sur le fond) avec le Conseil régional sauf pour le renouvellement de son détachement. « Nous avions bien anticipé avec Expertise France pour faire la demande de renouvellement du détachement trois mois avant. Nous avons reçu la réponse le 15 mars » pour un contrat au 1er avril. Elle a donc renouvelé son CDDU d’un an pour les 18 derniers mois de son programme, jusqu’à fin octobre 2025. « Le principe du CDDU d’un an puis 18 mois me convenait parfaitement car je ne savais pas où je mettais les pieds. Mieux vaut ne pas s’engager pour 2 ou 3 ans dans ces conditions ».

Elle part seule dans un premier temps pour laisser ses enfants finir l’année scolaire en France. Elle ne reçoit aucun soutien sur place pour son installation personnelle et se débrouille donc seule. Moralité : « on apprend de ses erreurs ; il ne faut surtout pas s’engager à louer une maison depuis l’étranger sans avoir visité ! »

 

Son conseil

Le premier conseil de Stéphanie OUDIN est « de lâcher prise, de ne pas arriver avec une idée arrêtée et de se dire que toute difficulté vous aidera à grandir ». Les conditions sont tellement différentes que vos représentations volent rapidement en éclat. Ce type d’expérience nécessite une très grande capacité d’adaptation et beaucoup d’humilité.

Cette expérience renforce aussi sa confiance en soi : « il faut être blindée : ce qui arrive n’est pas lié à vous, il ne faut pas prendre les choses personnellement». Il faut rester centrée, garder ses convictions et ses valeurs sans que cela soit perçue comme de l’ arrogance. C’est donc un équilibre entre humilité et confiance.

Enfin, face à un temps qui n’est pas le même, n’est pas appréhendé de la même manière, il faut développer sa patience et sa pugnacité. « je fais régulièrement ma candide (pour qu’on m’accepte), j’écoute, je reformule, je m’adapte en permanence mais sans renoncer à mes objectifs (il faut que cela avance).

Entretien réalisé par Yannick Lechevallier

https://www.linkedin.com/in/yannick-lechevallier-23059819/

Avril 2024


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