Léa PIERRE-JUSTIN


DisponibilitéEn poste au moment de la rédactionPrivéDe deux ans à cinq ansCanada

Léa PIERRE-JUSTIN a 42 ans. Après des études de droit, elle est recrutée par la Mairie du Gosier (Guadeloupe) où elle a occupé plusieurs postes. En 2024, la famille décide de partir au Québec. Elle souhaite renforcer ses bases en transformation numérique et elle réussit à intégrer HEC Montréal (sur dossier). Depuis janvier 2025 elle est Étudiante en Maîtrise en gestion (M. Sc.) – Transformation numérique des organisations à Montréal.

Son parcours

Léa PIERRE-JUSTIN a suivi des études de Droit à l’université des Antilles, puis à l’université Robert Schuman à Strasbourg. Mais intéressée par de multiples domaines, dont la communication, elle commence sa carrière comme correspondante de presse pour la Gazette de la Caraïbe en 2007. En 2008, elle fait un court contrat de six mois comme chargée de la rédaction et de la conception des supports de communication interne de la Caisse Générale de Sécurité Sociale de Guadeloupe.

En 2009, elle intègre la Commune du Gosier comme contractuelle, en charge de la communication interne et du bulletin municipal. Elle bénéficie alors de la politique volontariste de la commune pour passer le concours d’attachée territoriale qu’elle réussit du premier coup en 2010. Elle est alors nommée Directrice de la Communication. Elle occupe ce poste une dizaine d’années jusqu’au début 2021. A parti de février 2021 elle assure la Direction d’un nouveau Pôle au sein de la collectivité municipale, celui de l’Administration Générale et de la Transformation de l’Action Publique, placé au sein de la Direction Générale des Services (DGS). Ce pôle regroupe deux directions : la Direction de l’Administration Générale et la Direction de la Transformation de l’Action publique.

Après quelques expériences en transformation numérique au sein de sa collectivité Léa PIERRE-JUSTIN éprouve le besoin de renforcer significativement ses compétences dans ce domaine pour en être pleinement actrice : se donner les moyens de faire les meilleurs choix stratégiques à long terme, en tentant de maîtriser l’état de l’art de cette discipline autant passionnante que complexe.

Elle a donc décidé de s’expatrier fin 2024 au Québec pour suivre une formation de HEC Montréal, à savoir la Maîtrise en gestion (M. Sc.) – Transformation numérique des organisations. « C’est mon défi pour 2025-2026 ! »

Le départ

Léa PIERRE-JUSTIN n’avait pas d’expérience professionnelle particulière à l’international avant ce départ au Québec. Mais elle a une forte ouverture personnelle : tout d’abord sa mère étant italienne, elle a la double nationalité franco-italienne et parle aussi bien la langue de Molière que la langue de Dante. De plus, elle a un frère qui est résident québécois depuis de nombreuses années qu’elle visite régulièrement depuis la Guadeloupe.

Au sein de la Ville du Gosier, la commune la plus touristique de Guadeloupe, elle est aussi confrontée à des questions en lien avec les étrangers de passage (même si la commune n’a pas d’activités internationales).

Curieuse de nature, Léa PIERRE-JUSTIN a une réelle liberté de sa direction pour innover. Pour cela, elle assure une veille constante sur les réseaux sociaux professionnels (essentiellement francophones) et repère ainsi les bonnes pratiques publiques en Belgique, au Québec, etc.

Depuis le début de leurs scolarités, ses enfants sont inscrits dans le réseau des écoles Montessori. En 2024, avec la fin du primaire pour sa fille ainée, se pose la question de la poursuite au collège public. Léa PIERRE-JUSTIN souhaite une autre structure pour ses enfants et se renseigne sur le système scolaire québécois (« d’autant que j’avais eu envie d’y venir lors de mes premières études »).

Elle est aussi à une étape professionnelle où elle souhaite posséder un corpus universitaire construit pour poursuivre sa mission sur la transformation numérique de sa collectivité.

C’est la conjonction de ces deux stimulations qui l’amène à identifier cette formation à HEC Montréal.

Le couple en discute et se met d’accord pour ce départ et engage les démarches début 2024. Léa PIERRE-JUSTIN se rapproche d’un organisme spécialisé pour l’immigration au Québec (« Soleil Immigration »). « On s’est fait accompagner pour ne rien rater dans les dossiers. Grâce à ce soutien, notre dossier est bien monté et nous obtenons nos différents visas et autorisation assez rapidement, en moins de 6 mois ».

Pour l’intégration à HEC Montréal, l’inscription se fait sur dossier. « J’ai eu ma réponse positive en juillet 2024. Mais finalement, on prend quelques mois supplémentaires pour se préparer au mieux. » Elle part en décembre 2024 et débute les cours en janvier 2025.

Le fonctionnement sur place et les enjeux personnels

Le frère de Léa PIERRE-JUSTIN vit à Montréal depuis plusieurs années. Ainsi, le couple identifie des locations sur Internet et le frère peut aller les visiter. Ils trouvent assez rapidement un logement. Si son mari a bénéficié du réseau professionnel du groupe dans lequel il travaillait en Guadeloupe, il lui faut quelques semaines avant de rejoindre Léa à Montréal. Heureusement, elle peut s’appuyer sur ses parents qui viennent garder les enfants quand elle débute ses cours.

Au plan social et fiscal, la famille n’a pas eu de surprises ou de contraintes particulières. « Tout se fait en ligne ». La famille a mis en location sa résidence en Guadeloupe, a loué un appartement au Québec et acheté quelques meubles localement pour limiter le déménagement (nous sommes partis avec « seulement » 8 valises !).

Pour les questions financières, le couple vit désormais sur un seul salaire et les économies constituées pour cette expérience. Léa PIERRE-JUSTIN rappelle que c’est aussi pour cela que le projet d’expatriation est un projet familial et pas uniquement personnel. « Il faut construire ce projet à deux ».

En termes de temps, l’enseignement suivi est très prenant. Le rythme intense lui demande un niveau d’engagement particulièrement important. Certes, elle a un visa étudiant qui lui interdit de travailler au-delà de 22h hebdomadaires, mais de toute façon, elle n’aurait pas le temps. « Je travaille plus qu’en Guadeloupe » – c’est aussi une contrainte imposée à ses enfants et son mari qu’il faut accepter. En plus le bilinguisme du matériel d’enseignement augmente la difficulté. Mais les multiples travaux de groupe et quelques engagements bénévoles lui permettent de tisser des liens avec les Québécois.

Et le retour ?

Léa PIERRE-JUSTIN continue à entretenir des relations avec les personnes du Gosier avec lesquelles elle est le plus proche. « Après 15 ans dans la même collectivité, des amitiés se sont nouées ». Elle accepte aussi à répondre aux sollicitations ponctuelles des collègues sur les dossiers qu’elle a pu initier « je n’ai pas claqué la porte en partant ». Mais la gouvernance de la collectivité a changé politiquement depuis son départ, les priorités ont été revues.

Pour l’instant, Léa PIERRE-JUSTIN vit pleinement son immersion et ses études. La question du retour, prévue officiellement fin 2026 n’est pas encore dans les esprits. Il est certain que cette expérience ouvre le champ des possibles : « je suis partie l’esprit ouvert aux opportunités » nous répond Léa. « Mais cela se fera à deux, et on prend en compte aussi la famille, restée en Guadeloupe ».

« Et je reste Guadeloupéenne dans l’âme » nous affirme-t-elle.

Elle n’est pas aujourd’hui, en tant que personnel de la Mairie du Gosier résidant à l’étranger, considérée comme une ressource pour les politiques publiques locales. « Cette mobilité internationale est considérée comme un choix personnel. On ne voit pas l’intérêt pour la collectivité ». Et pourtant, Léa PIERRE-JUSTIN ne tarit pas d’exemples, de récits, dès qu’on la questionne sur ce qu’elle a remarqué au Québec. Passionnée du service au public, elle repère les pratiques qui seraient innovantes en Guadeloupe : « Quand vous appelez un service municipal, l’accueil est au top. Les personnes sont vraiment au service des citoyens – appelés clients ici-. La satisfaction du citoyen est essentielle pour les québécois. Par exemple, on vous demande systématiquement si vous avez bien tout compris en fin de discussion. Le ton est agréable et prévenant. Autre exemple que j’ai observé dans la municipalité de Levis, si votre interlocuteur municipal est en déplacement ou en vacances, le standard prend votre demande, vous fixe un rdv sur l’agenda partagé et on vous rappelle. On ne vous répond pas « rappelez plus tard » ».

Cette immersion est pour elle une réelle source d’inspiration professionnelle tout autant qu’un enrichissement personnel par sa formation et les rencontres. « Je ne vois plus les choses de la même manière. J’ai plus confiance en moi ». Pour Lea, cette expérience lui donne plus d’assurance pour porter de nouveaux axes.

Son conseil

Pour Léa PIERRE-JUSTIN, en charge précédemment de l’administration générale et de la transformation de l’action publique, les expériences de mobilités internationales « sont un formidable outil de transformation ». Pour elle, c’est une conviction forte, il faut sortir de la formation traditionnelle pour explorer les avantages de l’immersion dans d’autres contextes. « La mobilité renforce la confiance et l’estime de soi. Ça permet aussi de voir ce qui fonctionne bien chez nous, ce qui fonctionne mieux ailleurs, bref : d’inspirer des innovations basées sur les meilleures pratiques de part et d’autre ».

Sur les enjeux de transformation de l’action publique, il lui apparait désormais nécessaire de ne pas faire confiance uniquement à son expérience. « Il faut s’informer, chercher à s’améliorer ». Il existe de nombreuses réflexions dans la recherche ou d’autres collectivités qui permettent d’évoluer, de remettre en cause les évidences. La découverte du monde de la recherche scientifique en sciences de l’information a été d’une grande richesse.

Enfin, Léa PIERRE-JUSTIN nous le dit en fin d’entretien. « Il faut partir sans hésiter. On a tous besoin de changement à un moment. Et on n’est jamais trop vieux pour apprendre et évoluerje pensais être la seule quadra dans ma formation, c’est en fait très fréquent au Québec de reprendre des études à 40 ans ».

Entretien réalisé par Yannick Lechevallier

https://www.linkedin.com/in/yannick-lechevallier-23059819/

Novembre 2025


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