1 Son parcours
“Mon intérêt pour les langues étrangères m’a naturellement menée vers l’international.”
La première aspiration professionnelle de Laurence MARIANNE est de devenir interprète-traductrice : passionnée par les langues, elle souhaite faire une carrière tournée vers les relations extérieures. Son parcours la conduira exactement là où son intuition la poussait : au cœur de la Caraïbe, dans des missions où les langues et les réseaux institutionnels deviennent ses meilleurs atouts.
Après des études de Langues Étrangères Appliquées (LEA) à Toulouse, Laurence MARIANNE rejoint le Community College de la Barbade, puis le campus de Saint Augustine à Trinidad (University of the West Indies). Ces formations lui offrent une immersion au cœur des dynamiques institutionnelles de la Caraïbe. A la suite d’un stage, elle obtient son premier emploi, en 2001, auprès de l’Association des Etats de la Caraïbe (AEC), au service du protocole. Cela lui permet de pratiquer les langues officielles de cette organisation (Anglais, Espagnol). Elle passe ensuite au département du Fonds Spécial, dédié à la recherche de financements internationaux pour les projets de coopération menés par l’organisation. Son superviseur de l’époque propose au Conseil régional de Guadeloupe de prendre financièrement en charge son poste permanent, au titre d’une contribution spéciale annuelle au renforcement des capacités de l’organisation. Laurence MARIANNE développera ainsi durant plusieurs années une expertise qu’elle mettra, plus tard, directement à profit pour la Région Guadeloupe :
- compréhension des logiques institutionnelles dans la zone,
- connaissance des acteurs institutionnels et politiques de la Région,
- compréhension des enjeux de la région dans les secteurs d’intervention prioritaires de l’AEC à savoir: le tourisme durable, les transports, le commerce international, les risques naturels majeurs,
- pratique des deux langues étrangères principalement parlées dans le bassin caribéen,
- adaptabilité à des pratiques de management variées,
- capacité à représenter la collectivité dans des contextes multilatéraux.
Ce contexte professionnel nourrit sa vision de l’action publique. A Trinidad, elle rencontre le Directeur des affaires européennes et de la coopération de la Région Guadeloupe de l’époque (M. Jean-Louis BOUCARD) qui lui propose de considérer un poste en Guadeloupe, qu’elle acceptera en 2005 afin d’honorer l’engagement pris jusqu’alors, par la collectivité, en sa faveur.
Elle est recrutée d’abord comme Chargée de mission Coopération puis comme chef du service coopération, où elle contribue pendant huit ans – jusqu’en 2013- à la structuration des partenariats caribéens. Elle participe notamment à la rédaction du premier programme INTERREG pour l’Espace Caraïbe. Elle accompagne aussi le Président du Conseil régional lors de missions stratégiques, assurant le suivi des dossiers et l’interprétation simultanée lorsque cela est nécessaire.
En 2013, elle quitte la Guadeloupe et s’expatrie à nouveau, cette fois à Bruxelles pour renforcer les équipes de la Direction Générale en charge des Régions Ultra-Périphériques (RUP) en qualité d’Experte Nationale Détachée (END) de la France auprès de la Commission européenne. Elle y reste 2 ans.
De 2015 à 2020, elle se met en disponibilité. Elle suit alors son conjoint, diplomate, dans différents postes entre l’Europe, l’Afrique et l’Océan Indien. Du Mali à la Côte d’Ivoire en passant par l’île Maurice, elle fonde sa famille tout se consacrant à l’écriture de livres pour la jeunesse.
En 2020, elle revient en Guadeloupe, notamment pour s’occuper de sa famille au moment du COVID. Elle en profite pour suivre différentes formations notamment de documentaliste et journaliste.
Fin 2025, elle réintègre le Conseil régional de Guadeloupe, en tant que Chargée de communication.
Laurence MARIANNE est actuellement en CDI et envisage de passer le concours de la fonction publique correspondant à son grade d’attachée pour “mettre en adéquation formelle ses connaissances territoriales et sa pratique”.
2 Le fonctionnement dans les différents postes à l’étranger
Durant les quatre années à l’AEC et les deux années à Bruxelles, Laurence MARIANNE côtoie de multiples nationalités. Elle est alors sous la responsabilité de différentes personnes de différents pays et se frotte ainsi à de multiples modalités de management. A Trinidad, elle aura quatre superviseurs trinidadiens, jamaïcains, martiniquais et de Saint Vincent et les Grenadines. Le secrétariat général dans lequel elle travaille comporte des agents vénézuéliens, costariciens, colombiens, cubains, mexicains… et travaille en trois langues officielles. A Bruxelles, ses deux superviseurs hiérarchiques sont belges et espagnols.
Elle doit aussi assurer un travail de « mise en réseau » nécessitant de développer une maitrise de liens interculturels. « Il faut parfaitement connaître les gens dans ces institutions, comprendre comment ils travaillent, comment ils voient le monde pour pouvoir les interconnecter ». Par exemple, à la DG REGIO à Bruxelles, Laurence suit l’ensemble des politiques européennes en veillant à faire valoir la spécificité des RUP au sein de chacune d’elle. Elle prend en charge la mise en réseau de l’ensemble des acteurs de la Commission européenne concernés par la construction d’un Plan de Voisinage Régional.
Il faut aussi rappeler que ces environnements internationaux sont durs et il faut parfois s’accrocher durant plusieurs mois pour réussir à porter un dossier, une idée jusqu’à son étape de validation. C’est aussi un contexte formateur qui forge son caractère.
3 Les enjeux personnels
Partir comme END à Bruxelles a constitué un premier challenge : adaptation aux institutions européennes, au mode de fonctionnement de la Commission européenne… et à Bruxelles.
Puis au cours de ces différentes expatriations, elle alterne congés parentaux de 3 ans (2 enfants) et disponibilités pour suivi de conjoint. A son retour en Guadeloupe, elle sollicite une disponibilité pour élever ses enfants.
Elle mène durant ces années autour du monde, diverses activités : elle écrit pour la jeunesse et sera publiée par plusieurs maisons d’édition (Akoma Mba au Cameroun, Groupes Bayard et Editis en Côte d’Ivoire). Elle en profite aussi pour continuer à se former : elle obtient son diplôme de journaliste à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris, puis étudie le cinéma documentaire.
A chaque étape de son parcours d’expatriée, Laurence MARIANNE assure aussi différentes fonctions protocolaires au côté de son conjoint diplomate. Cela l’incite à creuser davantage la problématique des liens entre les peuples. Elle organise des conférences culturelles, comme en 2016 à l’Institut français de Bamako sur le thème: “Rites et coutumes du mariage traditionnel au Mali”.
Ce parcours dans de multiples environnements lui permet de développer une grande adaptabilité aux multiples contextes.
4 Et l’intégration dans sa collectivité / le retour ?
« Être efficace en collectivité peut aussi passer par des périodes en dehors de la Région. On peut alors vivre des expériences diversifiées et riches qu’on revient transplanter dans le système pour le redynamiser. »
Laurence MARIANNE a vécu, si l’on peut dire, deux retours, en Guadeloupe.
La première fois en 2005, c’est son premier poste au sein de la Région mais un retour en Guadeloupe, sa terre natale. Ses premières expériences en Caraïbe sont une richesse pour la Région, au sein de la Direction des affaires européennes et de la Coopération (2005 à 2013). La Caraïbe est alors un espace géographique auquel les Antillais s’intéressent. Mais beaucoup reste à faire pour en souligner les enjeux et opportunités auprès des acteurs. Sa connaissance fine des institutions, des décideurs et des modes de fonctionnement locaux lui permet d’anticiper les enjeux, de tisser des liens durables et d’accompagner les élus dans la conduite de projets d’envergure. Elle joue un rôle moteur dans la mise en réseau des acteurs de la coopération régionale et contribue à l’ouverture du territoire sur son environnement international. Tout en adaptant en permanence son action aux enjeux politiques, elle fédère autour de projets porteurs de sens. On peut citer notamment la signature d’accords cadre de coopération bilatérale avec les îles voisines, l’organisation de l’année de la République dominicaine en Guadeloupe, le suivi des négociations avec les organisations internationales (AEC, Organisation des Etats de la Caraïbe Orientale-OECO-) qui permettront à la Guadeloupe d’y adhérer en tant que membre associé, plusieurs années plus tard.
Son expérience personnelle lui permet d’appréhender les enjeux d’une mobilité accrue des antillais vers la Caraïbe et elle travaillera, avec les services de l’Etat, à bâtir le dispositif d’accueil de stagiaires ultramarins au sein des représentations diplomatiques de la zone. Elle ne verra pas la mise en œuvre de cette action puisqu’elle partira avant.
Avec le recul, elle réalise: “Je n’aurais jamais réussi ma mission à la Région sans cette expérience professionnelle à l’international. C’était une vraie chance d’avoir vécu, étudié et travaillé cinq ans dans la Caraïbe anglophone.”
En 2025, sa réintégration à la Région Guadeloupe ne se fait pas au service des Relations internationales. Désormais diplômée en journalisme, Laurence MARIANNE s’épanouit aujourd’hui comme Chargée de communication. Elle espère que ce poste lui permettra de contribuer à un nouvel enjeu pour la collectivité: renforcer la lisibilité de l’action publique pour les administrés.
Elle revient au sein de l’institution après 12 ans d’absence. Elle a encore quelques contacts mais nombreux sont les changements dans les personnes en poste.
5 Ses conseils
Laurence MARIANNE recommande de considérer la mobilité internationale comme un investissement stratégique pour les collectivités, notamment pour la Guadeloupe en raison de sa proximité géographique avec les Etats de la Caraïbe et les Etats-Unis. Il faudrait:
- qualifier davantage l’accompagnement des agents en mobilité en formalisant clairement leur statut et en les conseillant notamment sur les démarches liées à la fiscalité et les cotisations pour la retraite ;
- valoriser l’acquisition des expériences de terrain acquises par les agents, au-delà de leurs connaissances théoriques ;
- encourager une logique projet dans l’accès à la mobilité.
De manière générale, Laurence MARIANNE estime que le fait d’investir dans la mobilité des agents, ouvre les collectivités à de nouvelles pratiques, renforce leur attractivité et développe un savoir-faire précieux pour le territoire.
Entretien réalisé par Yannick LECHEVALLIER
Janvier 2026
