Florence LOUP


DisponibilitéDe six mois à moins d’un anRevenu.e dans sa collectivitéCorée du Sud

Florence LOUP a 43 ans, elle est mariée et mère de 2 enfants. Elle est aujourd’hui directrice générale des services (DGS) de la mairie de Villepreux (78 – Yvelines). Elle est partie en expatriation en Corée du Sud en 2017-2018 dans le cadre d’une disponibilité pour convenance personnelle pour un rapprochement de conjoint.
Entretien réalisé en mai 2020

Florence LOUP a réussi son concours d’entrée dans la fonction publique territoriale en 1999 après un Master 2 en urbanisme à Sciences Po.

Elle a commencé comme chargée de mission « habitat-politique de la ville » à la Communauté d’agglomération de Tours durant 2 ans. Elle intègre ensuite et pour 19 mois l’agglomération Caen la Mer comme chargée de mission à la direction générale – responsable des Assemblées. En 2003, elle s’installe en Ile-de-France et est recrutée par la Mairie de Carrières-en-Poissy en tant que directrice des services à la population. Elle y reste 7 ans.

Elle rejoint la Mairie de Villepreux en 2010. Elle y occupe successivement les postes de DRH puis DGA Ressources humaines et performances.

En août 2018, elle devient directrice générale des services à son retour d’expatriation.

Le départ

Florence LOUP a eu la possibilité d’une expatriation dans le cadre d’une procédure de rapprochement de conjoint. Son mari a saisi une opportunité pour enseigner dans une université en Corée du sud dans le cadre d’un partenariat. Il part pour deux ans, elle le rejoint après 6 mois avec leurs enfants.

Florence LOUP n’a pas suivi son mari pour la totalité de sa mission d’enseignant en Corée. Sa mobilité n’a duré qu’une année. En effet, une année lui semblait la durée maximale pour ne pas perdre le lien avec son employeur : « On sait comment on part, mais pas comment on revient ».

Dans les faits, le retour n’a pas été si problématique car cinq jours avant le départ, le DGS d’alors, à Villepreux, annonce son départ de la commune et le maire sollicite immédiatement Florence LOUP pour le remplacer. S’en suit un dialogue délicat :

  • Le maire : « Vous ne partez pas, on a besoin de vous !»
  • Florence LOUP « Si, je pars»
  • Le maire « Bon, mais alors vous organisez tout à distance pour suivre les dossiers et reprendre le poste à votre retour…».

Avant de partir, elle sait qu’elle doit « border » le sujet, car il est difficile de contractualiser pour un poste qui démarrera seulement dans 12 mois. Elle prend alors un engagement moral auprès du maire : « J’annonce que je pars un an et que je reviens – que je ne profite pas de cette période pour chercher ailleurs ou rester sur place – et que je m’engage à rester sur la collectivité locale jusqu’à la fin du mandat ».

Par ailleurs, avant même la promesse du poste de DGS faite à la veille de son départ, elle s’est engagée pour ne pas laisser tomber totalement ses fonctions. Elle met alors en place un fonctionnement pour suivre les dossiers à distance avec son adjointe RH (avec des échanges très réguliers via Skype).

L’annonce de son départ a été officialisé six mois en amont, lui laissant le temps d’organiser ce suivi. Le fait de devoir élargir ce dispositif à l’ensemble des dossiers (et pas uniquement aux RH) n’a pas été trop compliqué. Au final, quand elle revient, elle n’a pas vraiment coupé les ponts avec sa collectivité. Le retour s’est fait dans de relativement bonnes conditions.

Le fonctionnement sur place

Sur place, Florence LOUP ne cherche pas vraiment à travailler.

Elle n’a pas fait de démarche en amont car elle part avec ses deux filles, certes dans la 5ème ville de Corée du Sud (Daejeon – 1,5 M habitants) mais avec une présence française très limitée dans la ville ou au sein des écoles internationales. Elle décide de « faire l’école à la maison » pour ses deux filles, avec l’appui des cours du CNED. Ce sont de très bons supports mais la famille tourne rapidement en ronds. Il leur faut, pour les enfants, développer d’autres liens car l’intérêt de cette expatriation pour ses enfants est aussi de leur faire vivre une expérience interculturelle. La plus jeune intègre finalement une école élémentaire coréenne.

Les enjeux personnels

Florence LOUP le précise : elle est partie dans des conditions très favorables.

Son mari est parti six mois avant elle et elle a pu passer, au cours de ces six mois, deux semaines de vacances en Corée : Pour son départ, elle a juste pris l’avion avec ses filles et deux grosses valises. Tout était prêt sur place à son arrivée.

Sur place, l’invitation par le président d’une université de 80 000 étudiants facilite aussi grandement son arrivée et son installation. Sur le campus universitaire, ils sont 250 professeurs étrangers, majoritairement australiens et américains. On lui demande alors d’assurer quelques cours de français sur une période de quelques semaines. Ce qu’elle fait.

Une des difficultés des premiers mois a été l’obstacle linguistique dans les échanges En effet, difficile pour un an d’apprendre suffisamment bien le coréen pour dépasser les échanges courants. Florence LOUP en tire une réelle frustration de ne pas pouvoir entrer dans des discussions de fond sur le système politique local, la vie des coréens, etc. Par contre, le fait d’être de nationalité française (et non pas américaine) rend, lui semble-t-il, les relations plus chaleureuses. Elle se rend compte alors de l’image positive de la France à l’étranger.

Après quelques mois, elle a réussi à rencontrer plusieurs coréennes et coréens avec un bon niveau d’anglais permettant alors de riches discussions.

Sur le plan administratif, la situation est assez claire :

  • La demande de disponibilité pour rapprochement de conjoint ne pose pas de difficulté ;
  • Pour bénéficier des cours du CNED, une fois obtenu l’accord du conseiller culturel français, tout se passe en ligne, la démarche est assez simple ;

Sur le plan fiscal, Florence LOUP s’est appuyée sur les services des impôts spécialisés pour les expatriés. Elle y a trouvé une écoute et de bons conseils d’autant que son expatriation, callée sur l’année scolaire, courait de fait sur deux années fiscales, alors que son conjoint était parti pour deux années.

Au niveau sanitaire, tout s’est bien déroulé mais Florence LOUP est consciente qu’en cas de gros souci médical, cela peut devenir très compliqué notamment du fait de la barrière de la langue.

Et après ? au retour dans la collectivité

Professionnellement, Florence LOUP a observé en Corée du Sud de nombreuses pratiques très différentes de ce qu’elle avait vécu en France, notamment dans le fonctionnement de l’espace public. Elle s’en sert aujourd’hui pour animer ses réunions ou susciter des réflexions avec ses collègues en mairie. « Sans reprendre ou copier les pratiques, voir autre chose permet de prendre du recul. Si ailleurs, d’autres y arrivent différemment, on peut donc fonctionner d’une autre manière ».

Par exemple trois démarches l’ont particulièrement interpellée en Corée du Sud, au regard des pratiques locales en France :

  • Pour les écoles, les cours d’écoles sont des espaces publics ouverts sur la ville. Aucune grille ne sépare la cour d’école de la rue : juste une petite haie ou une simple barrière. Ainsi, durant la journée, les enfants restent à l’intérieur – aucun intrus adulte ne pénètre dans l’espace réservé – mais le soir, ces espaces sont utilisés par les habitants du quartier ;
  • Toujours dans les écoles, Florence LOUP a remarqué que les Coréens (adultes comme enfants) se déchaussent avant d’entrer dans les bâtiments. C’est une pratique qui aujourd’hui commence à faire son chemin dans certaines écoles, notamment maternelles ;
  • L’autre point qui a interpellé Florence LOUP : lors des élections, la possibilité donner aux électeurs, grâce à la mise en place d’un répertoire électronique, de voter dans n’importe quel bureau de vote. Et pour favoriser la participation des bureaux de vote sont également installés dans les gares, aéroports, etc…

Son conseil

Aujourd’hui en poste à Villepreux, Florence LOUP encourage la mobilité professionnelle des agents. Mais elle reconnait que c’est une aventure pour nombre d’agents et que cela peut être difficile.

Pourtant, les personnes qui osent la mobilité se rendent compte que ce n’est pas si compliqué et que cela est très enrichissant. Mais seuls ceux qui ont un bagage suffisamment solide peuvent prendre certains risques (notamment pour retrouver un poste au retour), ce qui n’est pas forcément évident pour tous.

Une piste serait de mettre en place des systèmes d’échanges et de partenariat pour « donner envie », par exemple entre collectivités jumelées.

Au plan personnel, si elle devait repartir, Florence LOUP ferait en sorte d’avoir une activité professionnelle sur place. Par ailleurs, elle conseille, en amont, de bien discuter en famille, de ce qui va être vécu. « Il faut que cela soit un projet familial discuté et préparé. Il faut que cela soit accepté par tous les membres de la famille ».

 

 

Fiche rédigée par Yannick LECHEVALLIER

https://www.linkedin.com/in/yannick-lechevallier-23059819/

Mai 2020


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