Mendy KILO


Sainte LucieEn poste au moment de la rédactionOrganisation internationaleAutreDe deux ans à cinq ans

À 28 ans, Mendy KILO incarne une nouvelle génération d’acteurs engagés dans la construction des liens entre la Guadeloupe et la Caraïbe. Représentant du Conseil régional de Guadeloupe au sein de de l’OECO – Organisation des Etats de la Caraïbe Orientale à Sainte-Lucie, il allie diplomatie territoriale et coopération opérationnelle pour renforcer la présence de son île natale dans l’espace régional. Son parcours, marqué par des études à Sciences Po Lyon et une immersion précoce dans les enjeux de coopération, illustre une aventure humaine et professionnelle où l’autonomie, la résilience et l’ouverture aux autres sont les clés de son intégration. Entre défis administratifs, découverte d’une nouvelle culture et fierté de contribuer à l’histoire de la Guadeloupe dans la Caraïbe, Mendy KILO partage une expérience riche en enseignements pour les jeunes souhaitant s’engager dans la coopération internationale.

Son parcours

Mendy KILO est Guadeloupéen. Passionné par la coopération régionale, il s’inscrit à Sc Po Lyon en master. Il obtient son Master 2 en Gestion de projets, coopération et développement en Amérique latine (GEPROCODAL) en 2019. Au cours de cette formation, il réalise une année de mobilité au sein de l’Universidad Iberoamericana, à Mexico. Il profite aussi de cette formation pour réaliser un stage au sein du Conseil régional de Guadeloupe en 2017 au sein du secrétariat commun (anciennement secrétariat technique conjoint) Interreg.

A la fin de ses études, il revient en Guadeloupe en 2019. La Guadeloupe vient de rejoindre l’OECO en tant que membre associé. Mendy KILO passe un premier entretien en décembre 2019 puis un second entretien en mars 2020, quelques jours avant le confinement lié au Covid. Le recrutement est alors suspendu.

Au cours de cette année de confinement, Mendy KILO rejoint le CORECA et notamment le Mouvement jeunesse de cette organisation. Avec le Mouvement, les membres organisent alors des webinaires pour la jeunesse guadeloupéenne diffusés sur Facebook et organisent des échanges entre jeunes de la Caraïbe (Haïti, Trinidad, Jamaïque, Guadeloupe, etc.) pour évoquer des traditions, pour sortir de l’isolement.

En fin d’année 2020, le conseil régional le rappelle et il rejoint la Direction de la coopération de la Région en février 2021. Il travaille dans un premier temps depuis Basse-Terre. En janvier 2022, il part s’installer à Sainte Lucie (la capitale Castries où se situe le Siège de l’OECO). Il a alors un ordre de mission de la Région. Puis en avril 2022, il signe un contrat avec l’OECO. Pour simplifier les processus administratifs et financiers, une convention financière de 3 ans entre la Région Guadeloupe et l’OECO est signée : par cette convention la Région Guadeloupe finance un poste de chargé de coopération au sein de l’OECO. Mendy KILO signe ensuite un contrat avec l’OECO, sur une fiche de poste qui a été négociée avec la Guadeloupe. Le premier contrat triennal courrait de 2022 à 2025. En 2025, avec quelques ajustements, Mendy KILO a signé un nouveau contrat de 3 années, jusqu’en 2028.

Ses missions s’organisent autour de deux piliers :

  • la coopération institutionnelle : il contribue à l’œuvre de diplomatie territoriale de la Région Guadeloupe au sein de l’OECO. En lien avec le service de diplomatie territoriale de la direction de la coopération, il prépare les réunions institutionnelles auxquelles participent les élus du CR Guadeloupe. « je sers d’avant-poste et réalise une veille stratégique». Il facilite aussi les coopérations bilatérales directes : « par le réseau de l’OECO, j’apporte à la Région des contacts directs dans les différents gouvernements de la Caraïbe ».
  • la coopération opérationnelle : il travaille en étroite relation avec la Direction de la coopération et les directions opérationnelles de la Région Guadeloupe pour faciliter la mise en œuvre des projets internationaux que la collectivité mène et a mené comme par exemple sur le programme TEC – Transition énergétique dans la Caraïbe dans le cadre du programme INTERREG Caraïbes. Il participe aux réunions partenariales et est le relai sur place de la collectivité auprès de la commission de l’OECO quand celle-ci est partenaire, assure les participations mutuelles, lisse les difficultés… Il participe aussi à l’analyse technique des dossiers Interreg en Région.

Le fonctionnement sur place

Mendy KILO connaissait un peu Sainte Lucie. Il était venu une première fois en vacances avec ses parents et une seconde fois lors d’un séjour d’immersion à 14 ans pour apprendre l’anglais. « Et on parle souvent de Sainte Lucie en Guadeloupe à cause du Lucian Carnaval. » Mais venir seul, c’était autre chose.

L’arrivée a été rude à Sainte Lucie en 2022. Quand il arrive, les restrictions COVID sont encore imposées. L’OECO lui interdit de venir dans les bureaux durant 7 jours. L’organisation lui a trouvé un logement dans un appart ’hotel très proche du siège de l’organisation mais isolé du centre-ville. « C’était en haut d’une colline, complétement isolé. L’arrêt de bus était à 15 min à pied, je n’avais aucun contact, aucun repère. En plein Covid, il y avait peu de monde dans l’hôtel. ». L’OECO met un chauffeur à disposition pendant la semaine pour faire ses courses mais en week-end, il n’a aucun moyen de sortir. Il n’a pas d’épicerie ou de supermarché immédiatement à sa portée pour faire une course imprévue et il lui reste à découvrir, etc. Il se décide à sortir. Au bout de quelques minutes de marche, un Pick up le prend en stop pour l’amener à l’arrêt de bus. Il demande et le chauffeur lui explique comment fonctionne le système des transports publics. Arrivé au terminus, il souhaite reprendre un bus pour aller voir la plage de Vigie. Il ne comprend pas les indications réponse du chauffeur ne connaissant pas bien la ville de Castries mais finalement « une femme m’entend et m’accompagne ». Selon Mendy à partir de cette expérience, il y a eu un déclic « je me suis senti à l’aise car les gens sont compréhensifs, aidants. Et avec le créole en partage, il a été plus simple d’aller vers les gens ».

Après une semaine, il intègre enfin l’OECO. « j’ai pu rencontrer un collaborateur proche de mon âge de l’OECO avec lequel j’avais commencé à travailler depuis la Guadeloupe et qui m’a ensuite fait visiter l’ile ».

En tant que contractuel à l’OECO, organisation internationale, Mendy KILO est exempté de permis de travail. L’OECO se charge de l’ensemble des questions d’immigration et des cotisations sociales auprès du gouvernement de Sainte-Lucie. Toutefois ce contrat ne lui donne pas le rang de diplomate. Il n’a pas de passeport diplomatique.

Sur le plan professionnel, sur place, il est d’abord placé dans l’unité des relations internationales puis de la mobilisation des ressources (DCRM). Il jouit d’une certaine autonomie mais il est lié contractuellement à l’OECO et à son directeur général, et doit rendre compte de son activité. Son activité étant établie en fonction des objectifs de la Région Guadeloupe, le chargé de coopération est en lien constant avec la direction de la coopération et rapporte régulièrement son activité. Cette autonomie est un fort apprentissage. Le fait d’être au cœur de l’organisation lui permet de renforcer la présence de la Guadeloupe qui est désormais bien identifiée à l’OECO.

Les enjeux personnels

Pour son installation Mendy KILO est resté un mois dans un Appart ’Hotel appelé Tranquility Getaway. A son arrivée il fait connaissance à l’Ambassade de France d’une VIA (Volontaire internationale en Administration) et d’une stagiaire de sa tranche d’âge. Très rapidement, les trois décident de prendre une colocation dans laquelle il reste jusqu’en octobre 2023. Puis il rencontre une Saint-Lucienne . « Depuis nous vivons ensemble dans notre propre logement ».

Administrativement, Mendy KILO reconnait « je ne m’étais pas suffisamment préparé ». Quand il part, il est payé en Euros, en Guadeloupe par le Conseil régional. Et l’ensemble des cotisations (sociales, retraite, …) sont gérées par la Région. Mais lorsqu’il passe sous contrat OECO, les cotisations en France tombent à sa charge : la Caisse des Français de l’Etranger pour pouvoir être pris en charge en France en cas de maladie et également les cotisations retraites (En pleine réforme des retraites à ce moment-là « ce n’est pas le moment de perdre des trimestres »). Il n’avait pas suffisamment négocié cela lors du premier contrat et cela lui revenait à 1700 € par trimestre. Lors de la signature du second contrat triennal, il a obtenu une revalorisation de ses émoluments pour mieux amortir ces charges.

Sur le plan social, son intégration s’est bien déroulée. « Le fait d’être Guadeloupéen est un élément de différenciation : l’impression que j’avais c’est que les Saint-Luciens ont plus l’habitude des Martiniquais. La Guadeloupe est moins connue et j’intriguais ». Même si Sainte Lucie est trois fois plus petite que la Guadeloupe et « qu’on a vite fait le tour, qu’on sort dans les mêmes endroits », il ne se sent pas enfermé. Il a une compagne, il est désormais essentiellement avec des Saint-Luciens. Il prend le rythme local « je ne suis pas dans l’esprit Expat où il faut rentabiliser le temps au niveau local ».

Il a aussi suffisamment d’opportunités de rentrer en Guadeloupe. En plus du billet annuel contractuel pour ses congés, il revient plusieurs fois par an au gré de manifestations ou des besoins. Dans le cadre de son travail, il n’a pas eu beaucoup d’occasions de se déplacer dans la Caraïbe (Montserrat en 2022 ou la Barbade en 2025) alors que Castries est reliée par de nombreux les directs aux autres pays de la Caraïbe, mais son rôle consistant essentiellement à assurer une présence au sein de la Commission de l’OECO.

En termes de motivation, pour Mendy KILO, « c’est exceptionnel en tant que Guadeloupéen. J’ai l’impression de participer à écrire l’histoire de l’intégration de la Guadeloupe dans la Caraïbe ». par ailleurs « c’est très encourageant pour un jeune d’avoir une telle confiance de la part des élus et de la Directrice de la coopération internationale ».

Son conseil

De cette expérience, il nous confie deux recommandations :

  • ne pas sous-estimer les démarches administratives : il faut travailler ces questions en amont pour éviter de perdre de l’argent. Il est nécessaire que tous comprennent l’ensemble des coûts de cette situation.
  • ne pas hésiter à aller vers les gens : sourire, questionner les locaux, et aller aux évènements culturels pour tisser des liens.

 

On sent dans les échanges que Mendy KILO tire une vrai fierté personnelle de cette mission. « Durant mes études, j’avais un fourmillement d’idées sur la coopération qui ont guidé mon parcours » Cette expérience est passionnante et formatrice.

 

Entretien réalisé par Yannick Lechevallier

https://www.linkedin.com/in/yannick-lechevallier-23059819/

Novembre 2025


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