SON PARCOURS
Magali CLAUX a choisi dès ses premières années d’études de s’orienter vers l’international en suivant la spécialité « Institutions de l’Union Européenne et relations internationales » à l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse, tout en suivant en double cursus une licence « Français Langue étrangère – FLE ». Au cours de ses études, elle passe un semestre universitaire à Valparaiso au Chili, réalise un stage de 7 mois au Jharkhand, dans le Nord-Est de l’Inde au sein d’une ONG, puis dans le cadre de son master en « Anthropologie de l’éducation, Anthropologie culturelle » un terrain d’études en Orissa, également dans le Nord-Est de l’Inde. Magali CLAUX intègre ensuite une structure où elle donne des cours de FLE. Elle passe alors le concours d’attachée territoriale en 2007. Elle rejoint la Région Occitanie où elle effectue un remplacement de congé maladie en tant que chargée de mission « Réseaux éducatifs et TICE » à la Direction de l’éducation. Mais elle n’est finalement pas intégrée à la Région.
Magali CLAUX reste 6 mois sur liste d’aptitude sans trouver de poste intéressant. Elle réalise de nombreuses candidatures sans réel succès. Elle postule alors pour un VIA (Volontariat international en Administration) et part pour deux ans à l’Alliance française de São Tomé et Principe en tant que Directrice adjointe.
En revenant, pour ne pas perdre son concours, elle cherche une collectivité d’attache. Elle retrouve une mission de renforcement à la Région Occitanie dans le même service où elle a gardé de bons contacts, mais toujours en contractuelle. Ce n’est qu’en 2010 que la Région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur la recrute comme stagiaire puis la titularise comme attachée territoriale en tant que cheffe de projets « ingénierie de la formation professionnelle et orientations stratégiques » au sein de la Direction de la Formation Professionnelle et de l’Apprentissage.
Elle reste quatre années à la Région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur où elle tisse de nombreux liens avec différents collègues. Même si elle est dans un service « d’orientations stratégiques » qui est un peu loin du terrain, elle s’investit dans le laboratoire de l’innovation publique, mis en place par la collectivité. Par le biais de cette activité, elle rencontre de nombreuses personnes au sein de la collectivité aux profils variés et particulièrement ouverts. « C’est notamment avec ces personnes que je vais garder contact au cours de mes sept années d’expatriation ».
En effet, Magali CLAUX « souhaite repartir ». Elle candidate dès 2013 à la transparence du MEAE et fait plusieurs entretiens, mais aucun poste ne lui est proposé. Le MEAE semble rechercher plutôt des territoriaux de la coopération décentralisée. En 2014, elle candidate à nouveau et le MEAE envisage son profil pour quatre postes différents. Elle est alors recrutée pour partir en septembre 2015 au Brésil comme Directrice de l’Alliance française de Fortaleza. Elle y restera trois ans.
A la suite de ce poste, Magali CLAUX revient en Europe. Elle rejoint l’ambassade de France en Italie sur un poste d’attachée de coopération pour le français. Déléguée au Consulat de France à Naples, elle a en charge des cinq régions du sud de l’Italie. Elle coopère avec l’Institut français et les acteurs locaux. Elle y reste quatre années, de 2018 à 2022.
En septembre 2022, Magali CLAUX revient en France au sein de sa collectivité d’attache, la Région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur sur un poste de cheffe de service au sein de la direction de Ressources humaines.
SES DÉPARTS
Pour son premier départ, cela se passe assez simplement mais elle part comme « volontaire internationale » : elle est logée avec une petite indemnité et le billet d’avion en début et fin de mission est pris en charge. La deuxième fois, au Brésil, elle rejoint à nouveau le réseau des Alliances françaises mais cette fois avec le statut d’expatriée. Son salaire est meilleur et son conjoint, qui part à nouveau avec elle, a son billet pris en charge. Ces évolutions ne sont pas négligeables car, en 2015, Magali CLAUX vient d’avoir son premier enfant et part prendre ses fonctions au Brésil avec un bébé de deux mois. Le salaire d’expatriée permet à son conjoint de prendre un « congé parental » et de s’occuper du nouveau-né.
Si les expatriés du MEAE bénéficient d’un appui financier pour leur déménagement, chacun se débrouille pour l’installation. Magali CLAUX a fait le choix en arrivant au Brésil de prendre une location par Airbnb pour un premier mois avant de trouver un appartement durable. « On voyage avec quelques valises, c’est le plus pratique ».
LE FONCTIONNEMENT SUR PLACE
Au Brésil, Magali CLAUX devient « chef d’entreprise ». En effet, le poste de Directrice d’une Alliance française implique une nouvelle posture : « il faut trouver des clients donc s’investir dans la communication, le marketing, … ». Mais en même temps, « vous êtes le représentant local de l’Ambassade de France et de la diplomatie d’influence française ». Ceci implique une activité importante « de promotion, d’échanges avec les artistes, d’organisation d’événements, etc. ». A la tête d’une équipe de 25 personnes locales, « vous êtes la référente pour tout : de l’ordinateur qui ne s’allume pas le matin à la relation avec les élites locales ». Parfois Magali CLAUX est aussi confrontée à des choix difficiles : « pour tenir l’équilibre financier de l’Alliance, j’ai été amenée à faire des choix et à assumer des licenciements ».
L’une des difficultés de ce poste est sans doute la double tutelle de l’Ambassade et du Conseil d’administration composé de représentants des élites locales. L’expérience de la territoriale est alors un atout car elle connaît déjà les modalités de présentation aux élus et les tableaux de bords publics notamment.
Magali CLAUX a vu le contexte sécuritaire se dégrader au fil des mois. Si, au Brésil, elle renouvelle son premier contrat, la situation l’incite à quitter son poste après trois ans (et non quatre ans comme prévu). Elle est alors affectée à Naples en Italie sur une autre fonction. En tant qu’attachée de coopération, elle n’a plus de réel management à assurer ni de recherche de fonds. Elle rejoint « le cœur de l’action diplomatique » pour travailler avec les acteurs locaux sous le mode de cheffe de projet. Elle assure la promotion de l’apprentissage du français dans le sud de l’Italie : formation de professeurs, remises de diplômes, rencontre d’élèves avec des artistes ou politiques français en déplacement dans sa région d’intervention, travail avec les rectorats locaux pour les projets de mobilité européens, notamment Erasmus +, en lien avec les académies et les établissements scolaires français. Ce poste est très complet : « rédaction de notes et de dossiers, organisation d’événements pour les jeunes, représentation, etc. ) ».
LES ENJEUX PERSONNELS
Lorsque Magali CLAUX part au Brésil pour le MEAE, elle doit s’organiser administrativement. Un point d’attention est le fait de choisir une banque française (le salaire du MEAE est versé en Euros en France) qui permette de réaliser des retraits ou paiements par carte au Brésil sans frais. Cela demande de sortir des réseaux bancaires habituels. Le choix de la mutuelle est aussi important.
Magali CLAUX est partie pour ses trois missions avec son conjoint. Elle insiste sur le fait que ces expatriations doivent être un projet familial discuté et décidé entre conjoints. Lors de son départ au Brésil en 2015, Magali CLAUX vient d’avoir un enfant. Son conjoint ne travaille pas et s’occupe du nouveau-né (congé parental). Après quelques mois, il trouve un engagement bénévole auprès de l’ONU pour créer des sites web d’ONG.
Mais lorsque la question d’un nouveau départ se présente et que Magali CLAUX se voit proposer le Cap Vert ou l’Italie, le choix du couple se porte sur Naples où son mari pourra trouver plus facilement une activité professionnelle : « il est essentiel que l’expatriation soit une décision commune car pour le conjoint , cela peut être difficile à vivre ».
Il est compliqué, selon Magali CLAUX, de se projeter tant qu’on n’a pas vécu l’expérience. Il faut donc se poser de nombreuses questions (même si on ne peut répondre à toutes), en discuter et se mettre d’accord sur les limites, « où on met le curseur ». Et ensuite, chacun doit être attentif aux signaux faibles de l’autre et réagir en conséquence.
Une des compétences fortes développée lors de ces expériences est, pour Magali CLAUX, la concentration et l’attention : « travailler dans une autre langue, cela complexifie l’activité et vous oblige à une forte attention : au retour en France, les échanges professionnels me semblent beaucoup plus simples. »
Un autre point pour réussir son expérience d’expatriation selon Magali CLAUX est le fait « d’être adaptable ; d’observer pour s’adapter aux situations et être dans le mode juste » et surtout « ne pas plaquer le modèle français ». Ainsi, elle note pour ses trois expatriations que les rapports au temps sont différents : à São Tomé, l’attente pour un rendez-vous pouvait être très longue. Au Brésil, si l’attente est parfois longue, personne n’oubliera le rendez-vous mais le temps devient une notion élastique « cela apprend à gérer le stress ». En Italie, elle retrouve l’Europe mais avec une gestion différente du temps « quatre jours avant un événement, cela peut être le calme plat mais le jour J, tout est absolument parfait ».
L’enjeu se joue aussi sur la confiance : « Je suis étonnée du nombre très élevé de mails en collectivité. » Selon elle, son expérience au MEAE où il est nécessaire d’avoir une grosse capacité de priorisation et de délégation, est un atout pour manager actuellement l’équipe de 17 personnes qu’elle encadre.
ET LE RETOUR ?
Au retour de la première expatriation à São Tomé et Principe, en 2010, Magali CLAUX est encore sur liste d’aptitude et doit trouver une collectivité d’attache, tout en étant contractuelle à la Région Occitanie : « j’ai réalisé de nombreux entretiens et à chaque fois, j’avais la sensation d’être une « chose bizarre », atypique – pourquoi être partie dans un pays que personne ne connaît plutôt que d’intégrer tout de suite une collectivité ?- et on ne me prend pas ».
Elle trouve finalement un poste après six mois de recherche, en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mais le choc professionnel est rude : « à São Tomé, à l’Alliance Française, je touchais à tout, j’avais un poste hiérarchique avec de nombreux contacts ». A la Région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur, grande collectivité, elle est postée sur l’analyse stratégique et l’animation de la gouvernance de la formation professionnelle, donc loin du contact avec les citoyens , et « perdue dans les services » : « la première année fût vraiment dure à vivre ». Elle y construit finalement sa place et le chef de service l’identifie comme une personne engagée et motivée. Il lui propose de rejoindre le laboratoire d’innovation publique mis en place par la collectivité où elle s’investit beaucoup avant son second départ en mission.
En 2022, la phase préparatoire à son second retour d’expatriation lui a semblé « difficile ». Magali CLAUX n’a pas pu intégrer un service Relations internationales ou coopération décentralisée malgré son parcours (« je parle cinq langues »). Elle candidate très en amont de la fin de son contrat, dès le début 2022. Elle passe cinq entretiens en lien avec l’international mais les recrutements ne se concrétisent pas pour des questions de délais. Pour un premier poste, le calendrier ne correspond pas (elle ne peut quitter son poste avant l’été pour un recrutement attendu au printemps). Puis pour un second, c’est la collectivité qui tarde à transmettre les documents nécessaires à son transfert.
Trois mois avant la fin de son détachement, elle demande sa réintégration dans sa collectivité d’origine : « j’avais déjà postulé à des postes de chefs de service dans ma collectivité mais après 7 ans en dehors de ma collectivité, on me conseille de reprendre un poste à la base ». Mi-juillet 2022 (moins de six semaines avant son retour) une connaissance lui propose un poste « elle me dit qu’elle avait vu mon CV, que mon profil correspondait parfaitement au poste et me propose un entretien ».
Finalement, Magali CLAUX retrouve un poste dans sa collectivité d’attache, la Région Sud (« j’ai eu de la chance »). Elle est propulsée à la tête d’un service de 17 personnes sans transition : « le 30 août je fermais mon bureau à Naples et le 1er septembre, j’ouvrais mon bureau à Marseille ». Magali CLAUX trouve rapidement ses marques et malgré le rythme , elle prend rapidement la mesure de son poste : « je pense que l’expérience de l’expatriation permet une forte adaptabilité » précise-t-elle. Après une phase d’observation, elle identifie rapidement les ressorts et enjeux du poste.
Un détail sans doute fût le changement d’environnement informatique. « Mais en Région, dans une grosse structure, vous avez un service support informatique disponible et efficace » qui lui permet de prendre en main rapidement ce nouvel environnement.
SON CONSEIL
Pour Magali CLAUX, l’expatriation est un parcours semé d’embûches professionnelles et personnelles. Il faut donc être très motivé et partager cela au sein du couple le cas échéant pour traverser les moments délicats (« tout n’est pas génial »).
Pour le retour en collectivité, il semble essentiel à Magali CLAUX de garder le contact avec son réseau. Mais aussi d’être très humble : « personne ne s’intéresse vraiment à votre expérience, en tout cas dans sa composante professionnelle » ou ne comprend votre parcours. L’impression est de devoir « prendre les postes proposés et les considérer comme des opportunités offertes » sans lien réel avec les postes occupés s en expatriation, mais être capable de transférer les compétences développées.
Entretien réalisé par Yannick Lechevallier
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Décembre 2022